Chez Bouq'Lib', on adore les livres.
On aime découvrir un livre. On aime lire un livre. On aime recommander le livre que l'on a aimé. On aime parler des livres...
Et les livres que l'on n'a pas lus ?
Y'en a plein, évidemment.
Eh bien, parler de ceux-là,
c'est aussi possible !
Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer. (Oscar Wilde)
Pierre Bayard, universitaire, enseignant la littérature, n'a visiblement pas lu grand chose (quoique...). Il en parle dans un livre Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? paru aux Éditions de Minuit.
Il fait la distinction entre la lecture et l'orientation du livre dans l'ensemble de la littérature. C'est la notion de bibliothèque collective qui est importante. C'est la connaissance de la position d'un livre, d'un auteur dans l'histoire de la littérature qui permet d'en parler...
Ainsi Paul Valéry peut écrire sur Proust, n'ayant que survolé le premier tome de La Recherche. Ainsi l'intrigue du Nom de la Rose d'Umberto Ecco repose sur le contenu d'un livre d'Aristote que personne n'a jamais lu. Ainsi Montaigne est incapable de mémoriser ni ce qu'il a lu, ni ce qu'il a écrit.
Parler d'un livre a peu de choses à voir avec la lecture. Les deux activités sont tout à fait séparables. Il existe plus d'une manière de ne pas lire, dont la plus radicale est de n'ouvrir aucun livre. Cette abstention complète concerne en fait pour chaque lecteur, aussi assidu soit-il à cet exercice, la quasi-totalité des publications et, à ce titre, constitue notre mode principal de relation à l'écrit. On ne peut en effet oublier que même un grand lecteur n'a jamais accès qu'à une proportion infime des livres existants. Et se trouve donc en permanence, sauf à cesser définitivement toute conversation et toute écriture, contraint de s'exprimer à propos de livres qu'il n'a pas lus. Je n'ai ainsi jamais "lu" Ulysse de Joyce et il est vraissemblable que je ne le lirai jamais. Le "contenu" du livre m'est donc largement étranger. Son contenu, mais pas sa situation. Or le contenu d'un livre est largement sa situation. Je veux dire par là que je ne me trouve nullement démuni, dans une conversation, pour parler d'Ulysse parce que je suis capable de le situer avec une relative précision par rapport aux autres livres. Je sais ainsi qu'il est une reprise de L'Odyssée, qu'il se rattache au courant du flux de conscience, que son action se déroule à Berlin en une journée, etc. Et de ce fait il m'arrive fréquemment pendant mes cours de faire, sans sourciller, référence à Joyce.
Voilà, maintenant, vous pouvez tout à fait parler de l'essai de Pierre Bayard, en le recommandant avec détermination....
NB 1 : Pierre Bayard est également l'auteur de Qui a tué Roger Ackroyd ? (que j'ai lu !!!)
NB 2 : allez voir du côté du Silence qui parle...

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