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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 12:13

le livre dans la rueIl était une fois, dans un village d’irréductibles utopistes, un livre magique qui allait insuffler une nouvelle vie à des milliers de livres.


L’histoire commence un matin de printemps, à une époque où les livres avaient une très courte vie. Après la lecture de leur propriétaire, très rares étaient les livres qui continuaient à vivre entre les mains du reste de la famille ou de leurs amis. Certains, forts des émotions procurées à leur lecteur, revivaient sans cesse entre de nouvelles mains. Mais rares étaient les élus. Trop souvent les livres finissaient dans un placard, un buffet ou sur une étagère. J’ai même entendu dire dans la folie de l’encre, que des maniaques préféraient acheter un livre neuf et le rapporter égoïstement après lecture pour remboursement. C’était le comble du livre, il ne rapportait rien à son auteur et le livre était renvoyé à son éditeur.

 

A cette époque, pour trouver des livres usés par de nombreuses vies, les habitants devaient se rendre à la bibliothèque. Mais dans l’ensemble, peu de villageois osaient franchir le pas de la porte, car on pouvait y trouver des intellectuels, des étudiants et souvent des rats de bibliothèque. Vous en avez peut être entendu parler : les bibliothèques effrayaient les faibles d’esprit et seuls les élèves émancipés de leur maître revenaient avec plaisir dans ce lieu de culture.

En ces temps, le capitalisme menait une lutte acharnée pour combattre la Culture. Les défenseurs du capital, maîtres en matière de belle parole, utilisaient l’un des principes fondamentaux de la République pour briser les services publics de la Culture et de l’Education. Sous couvert de Liberté, ils anéantissaient l’Egalité et la Fraternité.

 

Mais bon, revenons à notre histoire : celle de notre futur héros débuta un matin de printemps, dans une famille modeste.

Didier, le père, vivait avec sa femme Linda et ses deux enfants Camille et Victor.

Le soleil réchauffait déjà l’ensemble de l’appartement familial ; les enfants jouaient dans le salon pendant que Didier préparait une petite sortie familiale.

Il y avait une zone de gratuité à 3 pâtés de maison et l’ensemble de la famille comptait bien y trouver de bonnes affaires en échange des vêtements de Camille et Victor, devenu trop petits pour eux.

Subitement, pendant que le père préparait le sac, l’idée d’échanger un livre lui vint à l’esprit.

Notre héros – précisément ce livre - commençait à entrer en scène. Une nouvelle vie s’offrait à lui.

Il faut que je vous dise que ce livre avait des pouvoirs magiques…

Ce livre avait la capacité de communiquer. Mais seules les personnes aux idéaux engagés, contre le capitalisme et la marchandisation de tous les biens, pouvaient l’entendre.

Didier n’était pas un capitaliste, mais il n’avait pas suffisamment l’esprit ouvert pour pouvoir l’entendre. Notre futur héros arrivait seulement à lui souffler quelques idées. C’était tout de même le plus ouvert d’esprit de la famille.

 

Arrivée dans la zone de gratuité : toute une rue du village était fermée à la circulation des voitures pour laisser la place aux habitants et à la zone d’échange. Didier déposa notre héros sur une des tables où se trouvaient toutes sortes d’objets que l’on pouvait également voir dans les vides-greniers du village. C’est avec un léger pincement au cœur, pincement qu’il ne comprenait pas tout à fait, qu’il disait « au revoir » à son livre, tout en repensant à quelques passages de son histoire. Il en avait aimé la lecture et il regrettait de le laisser là, lui qui était très possessif et qui ne jetait pratiquement rien.

Notre héros avait eu raison de Didier et de son esprit, il était près à revivre entre de nouvelles mains.

Il sentait que les passants, présents, étaient tous assez ouverts d’esprit. Il sentait qu’ils étaient contre la marchandisation des biens. Il sentait que la liberté était proche, que SA liberté était proche ainsi que cette liberté qu’il souhaitait pour tous les livres, la liberté de circuler, de ne jamais reposer sur une étagère. Il voulait opposer la Liberté au Libéralisme. 

 

Cette idée le réjouissait tellement qu’il criait de bonheur aux utopistes de la zone : « Prenez-moi, lisez moi, je suis un bon livre, tous les ingrédients sont réunis pour passer de bons moments de lecture ! Mes personnages sont prenants, l’histoire est palpitante, le style littéraire vous transportera jusqu’au bout de la nuit… Et je ne vous parle même pas de l’histoire d’amour, digne des plus grands classiques ! » Et il a continué comme ça le reste de la matinée, à crier, à scander, à chanter et plus le temps passait, plus il y mettait de l’énergie. Mais les passants passaient ou s’arrêtaient devant le service à verres, devant le vase, ils examinaient les vêtements dans leur moindre centimètre carré de tissu, pour voir s’ils étaient en bon état. Oui, parce que c’était gratuit.  Mais la plupart des gens étaient très exigeants. Exigeants mais pas assez ouverts d’esprit car ils n’entendaient pas l’appel de notre héros.

L’après-midi s’égrainait, le soleil déclinait et les derniers villageois repartaient satisfaits d’avoir de nouveaux objets acquis gratuitement.

Notre héros, quand à lui, était resté là où l’avait laissé Didier, sur la table des échanges entre  un chandelier et un vieux pull rayé.

La température se rafraîchissait, les réverbères s’allumaient, la journée prenait fin pendant que quelqu’un s’approchait de la table. C’était une femme, sortie d’une fenêtre au ras du sol qui arrivait droit sur lui, un carton à la main. Elle s’arrêta un instant et fit le tour de la table.

Notre héros avait perdu espoir d’être à nouveau lu. Il voyait cette dame avec son carton qui y rangeait dedans tout les derniers objets restés sur la table. L’idée de se retrouver dans un carton le terrorisait et au moment où elle s’apprêtait à le prendre, il lui lança un «  Bonsoir » tonique et percutant. Cela fit son effet, la femme au carton s’arrêta net.

Elle m’a entendu, pensa notre héros qui renchérit aussitôt :

- Bonsoir, je suis le livre, là, sur la table !

La femme était étonnée qu’un livre lui parle, elle regarda autour d’elle, elle regarda aussi sous la table par principe mais personne ne se trouvait à proximité.

C’était une lectrice avisée et elle avait déjà lu des centaines de livres, mais jamais aucun ne lui avait parlé.

Amicalement, elle lui rendit son « bonsoir ».

Suffisamment ouverte d’esprit, elle pouvait entendre clairement ce que lui disait notre héros.

- Tu es la première qui me répond, je suis tout troublé, lui dit notre héros.

- C’est drôle que tu dises ça, car toi tu es le premier livre qui me parle. Je peux te dire que je suis plutôt surprise, lui répondit la femme.

Réjoui de pouvoir parler à quelqu'un, notre héros commença à lui poser des questions.

- Comment t’appelles-tu ? demanda notre héros.

- Viviane, lui répondit la femme.

- Pourquoi est-tu en train de tout ranger dans le carton ?

Calmement, Viviane lui répondit :

- Parce que je suis l’une des personnes qui sont à l’origine de cette zone de gratuité et que je dois débarrasser la table pour rendre la rue à la circulation des voitures.

- Moi aussi tu va me ranger dans ce carton ? demanda-il d’un ton effrayé.

- Non je ne pense pas, lui répondit Viviane et elle ajouta :

- Tu es le premier livre qui me parle, je ne vais pas te ranger dans le carton, au contraire. J’adore lire et j’ai envie de lire ton histoire, dit-elle d’un ton assuré.

Notre héros renaissait, il était tellement heureux qu’il le fit savoir à Viviane et ne s’arrêta plus de parler, jusqu’à ce qu’elle le pose sur sa table de chevet.

 

Viviane dévora l’histoire proposée par notre héros et elle passa quelques heures à discuter avec lui. Habituellement, une fois un bon livre terminé, Viviane s’empressait de le prêter à une amie ou à sa fille, mais cette fois-ci elle s’y refusait, elle refusait que quelqu’un se l’approprie. Bien que ce ne soit pas le meilleur des livres qu’elle ait pu lire dans sa vie, elle avait envie de le faire partager à tout les villageois.

Cette pensée était aussi la conséquence des discussions avec notre héros.

Une phrase l’avait marqué : « Tu sais Viviane, pour moi la Liberté : c’est de pouvoir revivre entre les mains de nouveaux lecteurs et mon souhait le plus cher est de ne jamais finir sur une étagère. Je souhaiterais être toujours en circulation et je le souhaite pour tous les livres ».

Cette idée lui plaisait, elle qui était à l’origine de la zone de gratuité sur le village, et elle commença à réfléchir à la libre circulation des livres.

L’idée de notre héros avait germé dans un esprit ouvert.

L’idée plaisait tellement à Viviane qu’elle fut portée par une incroyable énergie. Personnellement, je pense que notre héros lui a légué une grande quantité d’énergie, grâce à ses pouvoirs, mais ce détail est une hypothèse non prouvée.

Ce qui est sûr, c’est que les villageois ont vu Viviane dans tous les coins et recoins du village pour répandre l’idée et pour commencer à mettre des livres en circulation.

L’idée enchanta tous les villageois qui se demandaient pourquoi ils ne l’avaient pas eu plutôt. Du jour au lendemain, des centaines d’utopistes ont adhéré au projet et en quelques mois, des milliers de livres se sont mis à circuler librement. Les livres n’ont pas cessé de revivre à travers de nouvelles mains.

 

C'est ainsi que commence l'histoire de notre héros, l'histoire de Bouq'Lib'

 

Esteb, bouq’libeur

Published by bouqlib - dans des Bouq'Libeurs
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